Les maladies transmises à travers la peau

La peau constitue une barrière qui nous protège vis de nombreux micro-organismes contenus dans l'environnement. Son effraction, que ce soit à l'occasion de blessures, de morsures, de piqûres d'insectes peut être à l'origine d'infections multiples.

A coté de ces situations, un certain nombre de parasites sont susceptibles de franchir la peau saine et déterminer diverses maladies transmises à travers la peau de gravité variable (schistosomoses, ankylostomiase et anguillulose). Il convient de mettre à part les parasites qui peuvent se développer au niveau du revêtement cutané lui-même : les ectoparasites (poux, puces, puces-chiques, gale) ou du tissu cellulaire sous cutané (myiases).

Les schistosomoses

Les schistosomoses ou bilharzioses constituent un groupe d'affections  extrêmement répandues en milieu tropical, représentant la maladie endémique la plus fréquente, après le paludisme. On estime qu'elles touchent environ 200 millions de sujets et entraîne 1000 000 de décès par an.

Ces affections sont dues au développement dans l'organisme humain de vers plats (les schistosomes) qui éliminent dans le milieu extérieur par l'intermédiaire des selles ou des urines des oeufs. Ces oeufs, s'ils peuvent atteindre une eau douce, libèrent un embryon qui colonise différents mollusques, très spécifiques d'une espèce de schistosomes. Au bout d'un certain temps, les mollusques libéreront à leur tour des larves qui sont susceptibles de pénétrer dans l'organisme, à travers la peau de l'homme, à l'occasion d'un bain en eau douce. Ces larves se transformeront en vers adultes qui vivent dans les systèmes veineux du foie, de la vessie, du rectum, du poumon, selon les espèces de parasite. Les pontes des adultes, à partir de ces sites, sont très abondantes. Elles disséminent des oeufs dans les veines adjacentes qu'elles occluent progressivement. Certains oeufs seront éliminés dans le milieu extérieur en passant soit à travers la paroi du tube digestif soit à travers la paroi de la vessie.

Il existe différentes espèces de schistosomes responsables de schistosomoses urinaires (Schistosoma haematobium), intestinales (Schistosoma mansoni), rectales (Schistosoma intercalatum), artério-veineuses (Schistosoma japonicum et mekongi). On les rencontre très largement en région intertropicale quand la température ambiante est comprise entre 26 et 30°.

La maladie évolue en 3 phases :

  • Une phase de contamination au moment de la baignade. Elle est le plus souvent asymptomatique. La pénétration des larves à travers la peau peut parfois provoquer une éruption urticarienne localisée. Il convient de noter que la contamination dans eaux contenant des larves est très rapide : elle se produit au bout de 1 à 5 minutes de baignade.
  • Une phase de dissémination larvaire : Après une période silencieuse de 2 à 10 semaines apparaissent : fièvre, altération de l'état général, éruption cutanée, troubles digestifs, toux tandis que la prise de sang met en évidence une éosinophilie. A ce stade, le diagnostic de la maladie repose sur la recherche d'anticorps.
  • Une phase de focalisation viscérale : Deux mois après la contamination vont apparaître des signes en rapport avec la ponte des vers adultes dans le système veineux des organes colonisés. Ces signes restent pendant longtemps discrets. Ils sont, selon les espèces de schistosomes : urinaires, digestifs, hépatiques, pulmonaires, etc. A la longue, l'atteinte de ces organes et les ré infestations régulières observées en pays d'endémie, exposent à des complications graves (cancer de la vessie, hypertension portale, etc), potentiellement mortelles. A ce stade, le diagnostic est facilité par l'élimination d'oeufs dans le milieu extérieur (urines, selles).

Le traitement fait appel aux anti-parasitaires. Les complications de la maladie peuvent nécessiter des traitements spécifiques. La prévention individuelle consiste à éviter tout bain en eau douce dans les zones d'endémie de la maladie.

L'ankylostomiase

L'ankylostomiase ou ankylostomose est une parasitose liée au développement dans la partie initiale du tube digestif d'un vers rond de petite taille (Necator americanus ou Ankylostoma duodenale). Cette parasitose touche environ un milliard d'individus dans le monde, principalement dans les régions intertropicales. La maladie est plus rarement observée dans les zones tempérées. Les vers adultes vivent attachés à la muqueuse digestive. Ils provoquent un saignement chronique à l'origine d'une perte de fer. Cette carence en fer est, elle-même, la cause d'anémies parfois très sévères.

Les femelles adultes vivant dans le tube digestif pondent des oeufs qui sont éliminés dans le milieu extérieur. Si les conditions d'humidité sont propices, les oeufs se transforment en larve, mobile et résistante dans les sols humides et la boue. Ces larves peuvent traverser la peau de l'homme ou après tout un cycle de développement et de migration, elles finiront par franchir la paroi des alvéoles pulmonaires puis seront dégluties dans le tube digestif ou elles deviendront adultes et se fixeront. La contamination se fait en marchant nu-pied des zones humides ou dans la boue contaminée par des matières fécales. En milieu tempérée, la maladie est observée dans des micro-climats humides tels les galeries de mine et les chantiers souterrains ou elle constitue une maladie professionnelle.

La maladie évolue en deux phases :

  • Une phase de migration larvaire : Elle est liée à la pénétration au travers la peau et à la migration de la larve. On peut parfois observer des signes cutanés et respiratoires mais le plus souvent cette phase est asymptomatique.
  • Une phase digestive : Elle témoigne de la présence vers adultes dans le tube digestif. Leur longévité est importante (de 4 à 15 ans selon les espèces). Les symptômes digestifs sont rares hormis une tendance à la diarrhée. Les principales manifestations sont liées à la carence en fer et à l'anémie. La maladie peut avoir des conséquences sévères chez l'enfant autochtone. Le diagnostic repose sur la mise en évidence des oeufs dans les selles.

Le traitement fait appel aux anti-parasitaires. La prévention individuelle passe par le port de chaussures pour prévenir la transmission de la maladie par la peau des pieds.

L'anguillulose

La strongyloïdose ou anguillulose est une parasitose liée au développement dans le duodénum d'un vers rond : Strongyloides stercoralis. C'est une maladie cosmopolite, surtout observée en zone tropicale ou elle touche 50 millions d'individus. La maladie peut être grave chez les immunodéprimés du fait d'une dissémination larvaire multiviscérale.

Le cycle du parasite est complexe. L'homme se contamine en étant en contact avec des boues souillées par des matières fécales. Les adultes qui vivent dans le tube digestif pondent des oeufs qui éclosent dans l'intestin et donne naissance à des larves qui ont trois destinées possibles :

  • le milieu extérieur (en suivant un cycle sexué ou asexué). Si les conditions de survie sont propices, ces larves qui survivent dans les milieux humides (boues) pourront contaminer l'homme en franchissant la peau. Après une phase de migration, elles passeront dans les voies respiratoires, seront dégluties et se transformeront en vers adultes vivant dans le duodénum.
  • un cycle interne avec autoréinfestation sans passage dans le milieu extérieur. Lors de ce cycle, les larves cheminent directement depuis la région anale vers l'appareil respiratoire en ayant des trajets sous la peau plus ou moins apparent. Ce cycle explique l'importante longévité de l'affection qui peut dépasser 30 ans.

La maladie évolue en trois phases :

  • Une phase de pénétration cutanée : Elle est marquée par des démangeaisons. Elle passe le plus souvent inaperçue.
  • Une phase de migration larvaire : On peut parfois observer des signes respiratoires (toux, réaction asthmatiforme) mais le plus souvent cette phase est asymptomatique.
  • Une phase digestive : Elle se manifeste par des douleurs digestives capricieuses évoluant par poussées avec parfois de la diarrhée. Il s'y associe parfois de signes cutanés : urticaire, dermatite linéaire rampante partant de l'orifice anal ou au niveau de la taille liée au cheminement des larves lors d'un cycle d'autoréinfestation. Le diagnostic repose sur la mise en évidence des oeufs dans les selles.

Chez les immunodéprimés, la maladie peut être mortelle.

Le traitement fait appel aux anti-parasitaires. La prévention individuelle passe par le port de chaussures.

Larva migrans cutané

Lorsque des vers parasites des animaux s'égarent chez l'homme, ils meurent le plus souvent. Leurs larves peuvent survivre mais sans arriver à maturité en suivant des trajets de migration sous la peau (syndrome de larva migrans cutané) ou viscéral. Divers parasites peuvent déterminer un syndrome de larva migrans cutané. Le plus fréquent est du à un ankylostome du chien ou d'autres carnivores. (Ankylostoma ceylanicum, ankylostoma brasiliense).

Larva Migrans Cutané
Syndrome de larva migrans cutané
Crédit : Pr CARSUZAA- dermatologie HIA Sainte Anne - Toulon

La contamination se fait selon les mêmes modalités que pour l'ankylostomiase humaine. L'homme est parasité à travers la peau, au contact d'un sol souillé par des déjections de chien (boue, sable humide, plages, bordures de piscines en milieu tropical). Au point de pénétration de la larve apparaît une petite élévation cutanée rosée qui démange. Quelques heures plus tard, en partira un cordon tortueux, cheminant sous la peau, qui se déplace de quelques millimètres à centimètres par jour. Ce cordon peut se couvrir de petites vésicules. Des démangeaisons sont fréquentes. Les zones principalement concernées sont les mains, les avant-bras, les pieds. En l'absence de traitement, la guérison se produit spontanément en quelques semaines.

Le traitement repose sur les anti-parasitaires. La prévention consiste à ne pas marcher nu pied sur le sol des plages, ni à s'étendre directement sur le sable en milieu tropical.

Prophylaxie

Les mesures de prophylaxie contre les différentes parasitoses précitées reposent sur le respect d'un certain nombre de règles individuelles :

  • Éviter les baignades en eau douce en milieu tropical, préférer les baignades en mer ;
  • Ne consommer qu'une eau de boisson de bonne qualité (bien que les schistosomoses ne se transmettent pas par la boisson, un contact bref des larves avec la cavité buccale peut suffire pour être contaminé) ;
  • L'eau utilisée pour la douche ou les bains doit avoir séjourné préalablement 1 à 2 jours dans un réservoir pour être sure ;
  • En cas de contact accidentel avec une eau suspecte, s'essuyer vigoureusement avec une serviette mais ne pas se fier à ce procédé exclusivement pour éviter les schistosomoses.

Ne pas marcher nu pied sur les plages et à fortiori dans des milieux boueux en région tropicale.

Ne pas s'étendre directement sur le sol en milieu tropical.

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