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Nouveau coronavirus: Psychose ou démarche pragmatique?

 

Dix ans après le SRAS, voici l’arrivée du NCoV, le nouveau coronavirus, qui a depuis peu une dénomination anglophone: MERS-Cov (Middle-East respiratory syndrome coronavirus).

Ce terme précise le lieu du début de l'épidémie, au moyen orient, le premier cas  remontant à  juin 2012 en Arabie Saoudite. Les deux cas humains infectés en France recensés depuis le 7 mai 2013, ont placé cette maladie au devant l'actualité dans notre pays. Un patient de 65 ans est décédé à Lille le 28 mai 2013.

Rappelons-nous, le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), était appelé ainsi jusqu'à ce que l'on connaisse l'agent causal, un coronavirus, l'épidémie est partie de Canton en Chine, s'était rapidement étendue, mais a été fort heureusement limitée dans le temps. Pour le nouveau coronavirus, le diagnostic virologique a été très précoce et on veut y voir un progrès dans la vigilance des responsables de la santé publique et la performance du diagnostic de laboratoire.

 

Les coronavirus sont en réalité connus de longue date et responsables de rhumes banals. Le NCoV, nouveau coronavirus (du fait de son aspect en couronne), est dit « nouveau » car il n’avait jamais été détecté chez un être humain. Les études virologiques ont montré que l'introduction de ce virus dans l'espèce humaine est récente, mais les modalités précises de cette introduction demeurent mystérieuses.

 

Le symptômes sont similaires à ceux du SRAS avec une pneumonie atypique fébrile, pouvant conduire à de graves troubles respiratoires. Son mode de transmission inter-humain se fait probablement par voie aérienne ou par contact, avec un risque de contagion actuellement évalué comme faible, de rares cas faisant, pour l'heure, la preuve d'une transmission intra-familiale ou nosocomiale. Les recherches systématiques autour d'un cas ont également permis d'identifier des formes cliniques avec peu de symptômes, laissant supposer que beaucoup de cas ont pu passer inaperçus. 

 

En date du 5 juin, 54 malades ont été rapportés, dont 31 décès, 40 cas ont été décrits pour la seule Arabie Saoudite. Cela accroît l’inquiétude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), alors que doit débuter le pèlerinage de la Mecque. Les autres pays actuellement concernés ont été observés dans les pays limitrophes (Qatar, jordanie, Emirats..) et les cas observés à distance ont pour la plupart été importés de cette région: Tunisie, Grande Bretagne, Allemagne, France et tout récemment en Italie.

 

Le 21 mai à Genève, le directeur général adjoint de l’OMS, Keiji Fukuda tenait un discours plutôt pessimiste alors que le monde fait face à l’émergence de deux virus présentant un taux de létalité très élevé : H7N9 et le nouveau coronavirus. Evoquant ces menaces, Keiji Fukuda a ainsi estimé qu’en dépit des progrès réalisés ces dernières années, « le monde n’est pas prêt à faire face à une épidémie majeure et grave ». De même, la directrice de l’OMS, Margaret Chan a constaté : « Tout virus de la grippe qui affecte les humains a le potentiel de devenir une menace de santé majeure ». De son côté, le prix Nobel de médecine Peter Doherty n’est pas convaincu de la pertinence des « scénarios catastrophes » et rappelle que l’avancée des technologies devrait nous permettre dans l’avenir de nous en « sortir bien mieux qu’avec la plupart des pandémies survenues par le passé ». « Nous sommes extrêmement bons dans le diagnostic viral, la vitesse de détection et ce genre de choses, bien meilleurs que dans le passé, donc je ne crois pas qu'une pandémie puisse nous décimer », observe-t-il encore. Ces deux opinions ne sont en réalité contradictoires qu'en apparence, on peut même dire qu'elles sont les deux faces d'une même médaille: la santé est un problème planétaire, exacerbé par l'importance et la facilité des voyages, nous attendons clairement des responsables de la santé mondiale, une extrême réactivité, une acuité dans l'appréciation d'une menace potentielle, a contrario, nous voulons retenir du prix Nobel de Médecine, l'attitude rassurante du médecin qui nous dit de rester confiant. La démarche doit rester pragmatique et les biologistes, les chercheurs, les épidémiologistes et décideurs en situation épidémique font un travail remarquable et ont besoin de notre soutien.


En France, l’Institut national de veille sanitaire (InVS) a renforcé sa mobilisation ces derniers jours. Depuis le 13 mai, un numéro vert (0 800 13 00 00) a été ouvert pour répondre sur ce sujet. Le groupe SPILF-COREB (Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française - Réseau de Coordination du Risque  Epidémiologique et Biologique) a présenté le 15 mai 2013, une procédure de prise en charge d'un patient suspect d'infection au nouveau coronavirus.

 

Références:

CDC : Watch Level  Novel Coronavirus in arabian peninsula 10/05/2013;

WHO Coronavirus summary and literature 08/05/2013).

Middle East Respiratory Syndrome Coronavirus (MERS_Cov); Announcement of the Coronavirus Study Group.  J. Virology online 15 May 2013.

SPILF-COREB: http://www.infectiologie.com/site/medias/alertes/coronavirus-COREB-SPILF.pdf

 

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